Esclavage: Macron soutient l’abrogation du « Code noir » et évoque la question sensible des « réparations »

par redchef | Mai 21, 2026 | Actualités, Afrique, Derniers articles, Flash infos, Société | 0 commentaire

Emmanuel Macron a soutenu jeudi l'abrogation symbolique du "Code noir", engagée par le Parlement, et a évoqué longuement sa réflexion "inachevée" sur la question sensible des "réparations" pour l'esclavage, qui à ses yeux passent d'abord par la "reconnaissance" et ne pourront jamais être "totales".

Lors d'une réception à l'Elysée pour le 25e anniversaire de la loi reconnaissant la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité, le chef de l'Etat a rendu hommage à un texte "nécessaire" et à son auteure, Christiane Taubira.

Il a évoqué un autre texte, le "Code noir", nom donné à un ensemble d'édits royaux datant du XVIIe et XVIIIe siècles organisant l'esclavage et jamais formellement abrogés, dont le maintien, quand bien même sans effets juridiques, "est comme devenu une faute", "une forme d'offense", "une trahison de ce qu'est la République".

"C'est pourquoi je demande au gouvernement de faire sienne la proposition de loi visant à abroger le Code noir, qui doit être débattue le 28 mai prochain à l'Assemblée nationale", a-t-il lancé au sujet de cette abrogation déjà adoptée mercredi à l'unanimité en commission.

Egalement présente, Christiane Taubira a de son côté évoqué la résolution adoptée fin mars par l'Assemblée générale de l'ONU, à l'initiative du Ghana, qui fait de l'esclavage et de la traite des Africains "les plus graves crimes contre l'humanité".

La France, avec d'autres pays européens, s'était abstenue, au motif qu'elle ne veut pas de hiérarchie entre les crimes contre l'humanité, une position assumée jeudi par Emmanuel Macron.

- "Réparation imparfaite" -

L'ex-ministre de la Justice a, elle, souligné qu'elle avait été adoptée massivement par les pays d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes, "qui reconnaissent eux aussi l'inanité de la hiérarchie entre les crimes contre l'humanité".

"On ne peut pas ne pas entendre ce qu'il y a derrière, qui est justement une demande de justice, toujours de réparation", a reconnu le chef de l'Etat.

Il a annoncé le lancement, avec le Ghana, d'un "travail scientifique international" pour "faire des recommandations très concrètes aux décideurs politiques", sans dire précisément s'il s'agirait de recommandations sur d'éventuelles réparations.

Emmanuel Macron a d'ailleurs ajouté que "la réparation", "immense question", ne devait pas être éludée. "Mais c'est une question sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses", a-t-il prévenu. "Nous devons avoir l'honnêteté de nous dire qu'on ne pourra jamais réparer ce crime totalement, parce que c'est impossible", "vous ne pourrez pas un jour mettre un chiffre, mettre un mot qui viendrait donner un point final à cette histoire". Lui-même a assuré que sa "réflexion" et ses "décisions" sur le sujet étaient "encore inachevées".

Il a rappelé avoir lancé il y a un an un travail d'historiens pour évaluer "le prix" de la liberté imposé par la France à Haïti, qui lui sera remis en décembre.

"Réparer, c'est d'abord restaurer la juste place" des faits "dans l'histoire de la République", ce qui passe par l'éducation, a-t-il plaidé. "Mais ce n'est pas un geste léger. Et ce parcours de la reconnaissance, nous ne l'avons pas terminé", a-t-il insisté.

"Si nous ne reconnaissons pas, aucune chance qu'on puisse bâtir l'avenir", a-t-il ajouté à l'égard de ceux, notamment à droite ou à l'extrême droite, qui critiquent régulièrement les gestes de "repentance".

"Il n'y a pas d'identité française, ni dans le déni de ce qui s'est fait (...) ni dans le refus d'avancer sur les reconnaissances ou les réparations", a martelé Emmanuel Macron, avant de poursuivre, à l'endroit aussi de la gauche radicale: "ni dans le repli exclusif sur ces histoires où d'autres voudraient promettre que la réparation possible est intégrale, ou que la vraie lutte est dans un communautarisme contemporain".

"C'est pourquoi nous aurons toujours la réparation imparfaite", a-t-il averti.

AFP

 

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