À la suite des instructions du chef de l’État, l’Inspection générale d’État (Ige) devra désormais reconstituer la chaîne exacte des responsabilités.
La révélation, à l’Assemblée nationale, par le Premier ministre Ousmane Sonko, d’un « manquement grave » qui aurait privé l’État du Sénégal de 55 millions de dollars, soit près de 30 milliards de FCFA, dans le retrait de Kosmos de Yaakaar Teranga, n’aura donc pas été le prélude à une séquence susceptible de déboucher en justice.
À la suite des instructions du chef de l’État, l’Inspection générale d’État (IGE) devra désormais reconstituer la chaîne exacte des responsabilités.
Pour tous les observateurs avertis, l’issue de l’affaire ne faisait guère de doute : elle était appelée à être portée devant la justice afin d’y être tranchée. Qu’un Premier ministre se déplace à l’Assemblée nationale, fût-ce dans le cadre d’une déclaration de politique générale, et consente à évoquer, avec un degré de précision aussi inhabituel, un dossier d’une telle sensibilité, suffisait à établir que l’État le considérait avec le plus grand sérieux et que l’affaire faisait l’objet d’une prise en charge au plus haut niveau.
« Je ne peux revenir sur cette affaire », s’était contenté d’indiquer le Premier ministre Ousmane Sonko en réponse à une question-relance du député Babacar Ndiaye. « Mais les 55 millions de dollars de Yaakaar Teranga existent bel et bien. »
L’affaire évoquée en Conseil des ministres
Alors que le ministre sortant, Biram Souleye Diop, directeur général de Petrosen, Alioune Gueye, avait pointé un manquement grave au Code pétrolier, notamment à son article 19, celui-ci dispose que, lorsque la concession ou la licence qui vous a été accordée arrive à échéance, toute somme déclarée comme dépense et qui n’a finalement pas été dépensée doit être reversée à l’État du Sénégal.
« Or, quelqu’un s’est cru en droit de se substituer à l’État et de faire grâce à Kosmos de cette somme », a-t-il ajouté.
Selon les informations de L’Observateur, l’Inspection générale d’État (IGE) a été activée sur instruction du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, pour faire toute la lumière sur ce « manquement grave ».
Abdouahmane Diouf, qui a hérité du portefeuille du ministre du Pétrole, a été saisi par l’Inspection générale d’État à travers une correspondance confidentielle, conformément aux usages de ce type de procédure, pour l’informer de l’ouverture de la mission d’investigation.
Le ministre, de même que les services relevant de son département, Petrosen en tête, devront ainsi mettre à la disposition des inspecteurs d’État l’ensemble des pièces, actes, correspondances et documents susceptibles d’éclairer les conditions dans lesquelles le dossier du retrait de Kosmos de Yaakaar Teranga a été conduit, et surtout celles ayant entouré la décision de renoncer aux 55 millions de dollars en cause.
Les deux interrogations qui s’imposent
Dans cette affaire qui s’annonce explosive, à l’image de la matière première au cœur du dossier, deux interrogations, au regard des informations disponibles, retiennent particulièrement l’attention.
Le directeur général de Petrosen a-t-il agi de son propre chef, au nom des prérogatives qu’il estime détenir, ou exécutait-il une instruction venue d’une autorité hiérarchiquement supérieure ?
Et pourquoi le ministre Biram Souleye Diop, qui lui aurait, à l’évidence, donné l’ordre de procéder ainsi, a-t-il éprouvé le besoin de lui adresser, le 1er juin, une correspondance aussi ferme, précisément le jour de la nomination du nouveau gouvernement dirigé par Ousmane Sonko, alors qu’il savait pertinemment qu’il ne serait pas reconduit et qu’il ne lui restait que quelques jours avant la passation de services ?
La chaîne exacte des responsabilités
Le contenu de cette lettre, dont l’existence a été rendue publique par le Premier ministre lui-même à la tribune de l’Assemblée nationale, donne à la démarche du ministre sortant une portée toute particulière.
Biram Souleye Diop, qui ne s’est pas encore publiquement expliqué sur les motivations exactes de cette correspondance, laisse ainsi en suspens une question essentielle : pourquoi avoir choisi, à la veille de son départ, de formaliser par écrit ce qui pouvait apparaître comme un désaccord majeur avec la direction de Petrosen ?
Alioune Gueye, le directeur général de Petrosen de l’époque, n’est pas resté silencieux. Dans un long droit de réponse adressé au Premier ministre et posté sur sa page Facebook, il s’est employé à exposer les fondements et les circonstances de sa décision, livrant sa propre lecture du dossier et des prérogatives dont il estime pouvoir se prévaloir.
Reste à savoir si cette justification suffira à convaincre les inspecteurs généraux d’État, rompus aux missions d’investigation et, surtout, familiers des subtilités du Code pétrolier, de ses prescriptions comme de ses limites.
Car, au terme de cette affaire, ce ne sera pas seulement la régularité d’une décision administrative qui sera scrutée, mais la chaîne exacte des responsabilités : qui a décidé, sur quel fondement juridique, sous quelle autorité et avec quelle habilitation ?








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