Tabaski au Sénégal : le calvaire silencieux des “gorgorlous” face à la vie chère

par dirpub | Mai 10, 2026 | A la une, Actualités, Derniers articles | 1 commentaire

À l’approche de la Aïd el-Kébir, les marchés à bétail du Sénégal retrouvent leur agitation habituelle. Entre les bêlements des moutons, les négociations interminables et les allées bondées, une autre réalité, plus silencieuse, se dessine : celle du combat quotidien des “gorgorlous”, ces milliers de Sénégalais qui survivent grâce à la débrouille.

Dans les quartiers populaires de Dakar, de Thiès ou encore de Kaolack, la même angoisse revient chaque année : comment trouver l’argent pour acheter un mouton et préserver l’honneur familial ?

La Tabaski, entre foi et pression sociale

Au Sénégal, la Tabaski dépasse largement le cadre religieux. Elle représente un symbole social profondément ancré dans les traditions familiales. Pour beaucoup de chefs de famille, ne pas pouvoir ramener un mouton à la maison est vécu comme une humiliation.

Mais cette année encore, la flambée des prix complique tout.

Le coût du mouton a explosé :

  • transport plus cher,
  • aliment de bétail en hausse,
  • inflation généralisée,
  • pouvoir d’achat affaibli.
  • la situation au Mali ne facilite pas l'arrivée des bovins.

Dans certains marchés, les prix dépassent désormais plusieurs centaines de milliers de francs CFA, loin des moyens des ménages modestes.

Veuves et mères célibataires : le sacrifice dans le sacrifice

Pour les veuves et les femmes chefs de ménage, la pression est encore plus lourde.

Certaines économisent pendant des mois, vendent des bijoux ou contractent des dettes pour offrir une fête “digne” à leurs enfants. D’autres préfèrent s’isoler pour éviter les regards et les comparaisons du voisinage.

« Les enfants voient les moutons chez les voisins. Ils demandent pourquoi nous n’en avons pas », confie une mère de famille rencontrée à Pikine.

Dans plusieurs foyers, le poids psychologique de cette période devient immense.

Les aînés de famille sous pression

Dans la société sénégalaise, l’aîné porte souvent la responsabilité financière de toute la famille :

  • parents âgés,
  • frères sans emploi,
  • neveux,
  • dépenses scolaires,
  • santé,
  • loyer.

À l’arrivée de la Tabaski, cette charge devient parfois insupportable.

Certains multiplient les crédits informels, d’autres sollicitent des proches de la diaspora ou retardent le paiement de certaines dépenses essentielles pour sauver les apparences le jour de la fête.

Salaires en retard et économie fragile

La situation est aggravée par les retards fréquents de paiement dans certains secteurs.

Fonctionnaires, employés du privé, journaliers ou contractuels : nombreux sont ceux qui attendent encore leur salaire alors que la fête approche à grands pas.

Dans les marchés, beaucoup regardent les moutons sans pouvoir acheter.

« Même nourrir la famille devient difficile, alors acheter un mouton… », lâche un père de famille à Rufisque.

La cherté de la vie pousse désormais certains ménages à :

  • réduire les repas,
  • reporter des soins médicaux,
  • suspendre les dépenses scolaires,
  • ou s’endetter lourdement.

Le “gorgorlou”, symbole d’une résilience épuisée

Au Sénégal, le mot “gorgorlou” désigne celui qui se bat chaque jour pour survivre malgré les difficultés.

Mais derrière cette image de courage se cache aujourd’hui une fatigue sociale profonde.

Entre inflation, chômage, précarité et pression sociale, beaucoup de familles vivent la Tabaski non plus comme une fête, mais comme une épreuve.

Une réalité qui interroge

Cette situation relance le débat sur :

  • le coût de la vie,
  • la protection sociale,
  • le soutien aux ménages vulnérables,
  • et les inégalités économiques.

Car derrière chaque mouton acheté à crédit, il y a souvent une famille qui tente simplement de préserver sa dignité.

Et pendant que les marchés continuent de vibrer au rythme des négociations, des milliers de Sénégalais poursuivent leur combat quotidien dans l’espoir d’offrir, malgré tout, un sourire à leurs proches le jour de la Tabaski.

Panafrique.net

1 commentaire

  1. Anonyme

    En fait tout est vrai. La pression de la fête de tabaski au Sénégal est juste extra ordinaire🥺. Cet article traité les mots de notre société actuelle.

    Reply

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