Macky SALL peut-t-il devenir le futur Secrétaire général de l’ONU ?

par Wendvi Kévin TIEMTORE | Avr 21, 2026 | Focus, Politique, Société | 0 commentaire

Ce 22 avril 2026, Macky Sall, ancien Président du Sénégal et désormais aspirant au poste prestigieux de Secrétaire général des Nations Unies, a rendez-vous avec l'Histoire. Au cours d'un dialogue interactif public organisé par la Présidente de l'Assemblée générale de l'ONU, il livrera sa vision, pendant trois tours d'horloge, sur les grandes questions du temps présent : paix, sécurité, droits humains, développement…
Macky Sall sera le dernier des candidats à passer ce grand oral, après Michelle Bachelet, ancienne Présidente du Chili ; Rafael Mariano Grossi, Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ; et Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica. Quatre candidats tendus vers un même objectif. Quatre candidats, tous issus du Sud global.
Une candidature si singulière
La candidature de Macky Sall, fruit de tractations diplomatiques secrets menés depuis de longs mois, a été déposée le 2 mars 2026, à la surprise générale, non pas par le Sénégal, mais par le Burundi, qui assure par ailleurs la présidence de l'Union africaine. Voilà donc Sall officiellement sur la ligne de départ, en dépit des vives protestations contre sa candidature, chez lui, au Sénégal. Au moment où ces lignes sont écrites, Dakar n'avait toujours pas soutenu cette candidature, en raison des divergences politiques encore vives qui s'opposent à Macky Sall au nouveau pouvoir et, aussi, des critiques récurrentes des organisations de défense des droits humains. Elles jugent l'ancien chef d'État illégitime pour assumer une telle charge, au regard, disent-elles, de son bilan négatif dans ce domaine. Pour l'heure, ni l'actuel chef de l'État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, ni son Premier ministre, Ousmane Sonko, ne se sont exprimés publiquement sur la question.
Les voies de la classe politique sénégalaise étant insondables, il n'est pas impossible que le Sénégal finisse, à l'avenir, par « parrainer » la candidature de Macky Sall. Une telle situation s'est déjà présentée : en avril 2000, Abdou Diouf vient de quitter ses fonctions de Président de la République du Sénégal et nombre de chefs d'État de l'espace francophone souhaitent ardemment qu'il devienne le futur Secrétaire général de la Francophonie. Sauf qu'Abdoulaye Wade, son successeur et ex-adversaire politique durant vingt ans, s'y oppose fermement. Au point que quand, en janvier 2001, le Président français Jacques Chirac revient à la charge pour la énième fois en marge du Sommet Afrique-France de Yaoundé, Abdoulaye Wade, excédé, lui répond que le Sénégal a déjà un candidat en la personne d'un ancien ministre des Finances de Diouf… Mais voilà qu'après plusieurs mois de tractations discrets, d'envoi d'émissaires et d'échanges de notes, Wade, au regard des tendances qui se dégagent, change de position et informe Diouf de son soutien par un soir de mai 2002. Wade, dans la foulée officielle, s'empresse d'adresser des correspondances aux chefs d'État pour leur annoncer sa décision et, dans le même temps, solliciter leur soutien. Dans la longue correspondance qu'il adresse au chef de l'État français, Wade — qui n'ignorait rien de la proximité entre Diouf et Chirac — prit soin de demander au numéro un français de soutenir la candidature de son « ami, Abdou Diouf ». On est encore loin d'un pareil scénario...
Dilemme cornélien
Cette candidature place Dakar devant un dilemme cornélien : ne pas soutenir Macky Sall, c'est courir le risque de le voir être élu sans l'appui de l'État sénégalais. Mais avant de lui apporter son éventuel soutien, Dakar voudrait sans doute s'assurer que le pari est gagnant, tant sont encore fraîches, dans les mémoires, la cuisante défaite, en juin 2025, de l'ancien ministre sénégalais de l'Économie, Amadou Hott, candidat malheureux à l'élection au poste de Président de la Banque africaine de développement (BAD), ainsi que d'autres échecs récents de candidatures sénégalaises moins médiatisés.
Un revers de plus serait celui de trop pour la diplomatie sénégalaise qui, ces dernières années, n'aura pas eu la main heureuse, d'autant plus que Dakar, longtemps qualifié de « puissance diplomatique », n'a plus porté un de ses ressortissants à la tête d'une organisation internationale depuis le départ d'Abdou Diouf de la Francophonie fin 2014. Pourtant, des indépendances jusqu'aux années 2000, le pays avait réussi le grand chelem en déclarant le nombre de ses compatriotes sur le toit du monde : Cheick Fall, PDG de la compagnie aérienne continentale Air Afrique ; Amadou Karim Gaye au Secrétariat général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) ; Amadou Makhtar Mbow à la Direction générale de l'UNESCO ; les juges Isaac Forster puis Kéba Mbaye à la Cour internationale de justice de La Haye ; Babacar Ndiaye à la Présidence de la Banque africaine de développement (BAD) ; Jacques Diouf à la Direction générale de la FAO ; puis, dans le domaine du sport, Lamine Diack au sommet de l'athlétisme mondial et Abdoulaye Seye à la tête de la Fédération internationale de basket... C'est dire combien l'élection de Macky Sall, soutenu même in extremis par Dakar, donnerait un rayonnement sans pareil au Sénégal.
Règles non écrites et realpolitik
D'ordinaire, le fonctionnement des organisations internationales repose sur un ensemble de règles non écrites, parmi lesquelles le principe de la rotation géographique. C'est au nom de ce principe que des adversaires à la candidature de Macky Sall (certains par méconnaissance historique, d'autres par rouerie politique) affirment que le prochain Secrétaire général des Nations Unies devrait être issue de l'Amérique latine et non d'Afrique, au motif que le continent noir a été servi par deux fois et jamais l'Amérique latine. Or l'Amérique latine, qui renvoie à une réalité géographique et linguistique plus complexe qu'il n'y paraît, a déjà eu « son » Secrétaire général : le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar, qui fut patron de l'ONU de 1982 à 1991.
Pour dire vrai, le principe de la rotation régionale, qui bien souvent s'efface devant la realpolitik , n'a jamais guidé le choix du Secrétaire général des Nations Unies. Sur les 10 personnalités qui ont occupé la fonction depuis la création de l'ONU en 1945, cinq sont des Européens : le premier Secrétaire général était un intérimaire issu de Grande-Bretagne, puis, entre 1946 et 1961, suivirent successivement deux titulaires issus de pays scandinaves (Norvège et Suède). Un Autrichien sera élu plus tard, ainsi que l'actuel titulaire du poste, le Portugais António Guterres.
Le continent asiatique a occupé le poste deux fois (Birmanie et Corée du Sud), de même que l'Afrique qui, faut-il le préciser, doit ce « privilège » à un malheureux concours de circonstances. À l'issue de son premier mandat, Boutros Boutros-Ghali ne peut être reconduit. Les États-Unis s'opposent à leur veto, malgré le soutien quasi unanime (14 membres sur 15) du Conseil de sécurité réuni le 19 novembre 1996. Washington lui reproche sa mauvaise gestion des crises en Somalie, au Rwanda et en ex-Yougoslavie et, surtout, son indépendance jugée excessive vis-à-vis des grandes puissances. Il est vrai que Boutros-Ghali, qui voulait engager une réforme du financement, défendait la vision d'une ONU plus autonome, à rebours de la volonté américaine de contrôler davantage l'Organisation. Bien plus tard, l'Égyptien confiera en privé, avec le sens de la formule qui le caractérisait, que les États-Unis le découvrent trop « Général », au sens militaire du terme, et pas assez « Secrétaire », administrativement s'entendent. Prise de court, l'Organisation de l'unité africaine (OUA) manifeste son désir de voir l'Afrique conserver le poste. L'on a trouvé alors en la personne du placide Ghanéen Kofi Annan, entré à l'ONU en 1962, le gage de cette continuité, d'autant plus qu'il avait dirigé avec un certain panache les départements clés du Budget, des Opérations de maintien de la paix et le programme « pétrole contre nourriture » en Irak. Annan était crédité d'une réputation de diplomate pragmatique qui rassurait Washington.
Si, comme l'affirment certains, le principe de rotation devait être respecté au pied de la lettre, ce serait alors le « tour » de l'Amérique du Nord, qui n'a jamais obtenu le poste de Secrétaire général des Nations Unies.
Macky Sall at-il objectivement des chances d'être élu ?
Oui. À condition d'obtenir l'adhésion totale des 5 membres permanents (P5) détenteurs du droit de veto : la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie.
Si le soutien de la France semble acquis d'avance du fait de la relation personnelle très forte entre Sall et Macron, celui des autres pays repose sur des présomptions. On peut penser que Vladimir Poutine aura gré à Macky Sall d'avoir, lorsqu'il était chef d'État du Sénégal, affiché une position de neutralité dans le conflit russo-ukrainien, malgré les fortes pressions du camp occidental. Le Président sénégalais avait plaidé pour la mise en place d'une commission d'enquête internationale sur les violations des droits humains en Ukraine, plutôt que de voter directement pour des sanctions. Président en exercice de l'Union africaine, Sall, qui avait rendu visite à Vladimir Poutine à Sotchi en juin 2022, avait insisté sur la nécessité de préserver un dialogue entre la Russie et l'Afrique, notamment en raison des enjeux alimentaires autour du blé.
Le Sénégal et la Chine étant co-présidents du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), on peut présumer que les relations entre Macky Sall et le Président chinois Xi Jinping, jadis chaleureuses, le sont demeurées. Xi Jinping, si avare en paroles, a une fois qualifié Macky Sall de « grand ami de la Chine » et de « grand ami personnel ».
Reste les positions, inconnues à ce jour, de la Grande-Bretagne du discret Premier ministre Keir Starmer et de l'imprévisible Président américain Trump qui, comme chacun le sait, accorde peu de crédit à l'ONU.
Une fois les voix du P5 acquises, Macky Sall devra glaner le maximum de voix chez les 10 membres non permanents du Conseil de sécurité, principalement celles des membres non africains : Bahreïn, Colombie, Danemark, Grèce, Lettonie, Pakistan, Panama. Les voix des trois pays africains — la République démocratique du Congo, la Somalie et le Liberia — mises au vote lors de la session dédiée au soutien à la candidature le 26 mars par l'Union africaine (UA), lui sont acquises, le Liberia ayant marqué son objection dans un premier temps avant de se raviser.
Rassembler le maximum de soutiens parmi les États membres

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