Crise des Btp : LA CNES SORT DES CHANTIERS BATTUS

par redchef | Juin 19, 2026 | A la une, Actualités, Derniers articles, Economie, Flash infos, Politique, Société | 0 commentaire

La Confédération nationale des employeurs du Sénégal, sous la direction de son président Abdel Kader Ndiaye, a mobilisé une bonne partie des médias pour un point de presse dans ses locaux. Cela a été l’occasion de passer en revue la situation économique de manière générale. Mais on a aussi relevé les interventions de Bara Tall, le Président-directeur général de Jean Lefebvre Sénégal et de Talix Group, ainsi que de Alla Sène Guèye, qui ont porté un regard plein de lucidité sur la situation des entreprises nationales.

Avant d’entamer son propos, il avait prévenu, et mis en garde. Regardant le président de la Confédération des employeurs du Sénégal (Cnes), le dirigeant du Groupe Talix avait prévenu : «Vous courez un grand risque en me donnant la parole, parce que je ne connais pas la langue de bois.» Et il n’a pas fallu deux phrases pour que l’auditoire, composé de journalistes et de chefs d’entreprises membres de la Cnes, s’en rende compte. Le célèbre patron de Talix Group a déclaré sans ambages : «Ce pays va mal à travers son secteur privé. Je ne vais pas parler du secteur privé en général, bien qu’étant dans le marigot depuis 46 ans, je puise dans chaque secteur pour avoir mon mot à dire. Mais je vais me contenter, pour être plus prudent, de rester dans mon domaine, le Btp, et plus précisément les Tp, parce que les gens ont tendance à dire Btp,  mais il y a deux branches, il y a bâtiments et travaux publics. Ils sont souvent ensemble, mais ils sont très différents.»


Géants aux pieds d’argile
Il a souligné que si l’on parle des Tp, c’est que le rôle de l’Etat y est déterminant. Et tout le monde sait que c’est le domaine où la commande publique régit les choses et décide des marchés. Malheureusement, déplore M. Tall, «ici au Sénégal, le secteur des travaux publics a été complètement ignoré par les régimes successifs». Les entreprises les plus importantes du pays peuvent aujourd’hui être qualifiées, selon ses termes, de «géants aux pieds d’argile, parce que nous ne sommes pas à la hauteur de nos capacités, dans la mesure de ce que nous pouvons faire pour notre pays».


La faute à qui ? Aux pouvoirs publics, qui trouvent plus intéressant de confier des chantiers à «des entreprises étrangères qui, très souvent d’ailleurs, s’appuient sur les personnels qu’on a formés,  nos ingénieurs qu’on a formés, pour faire le travail,  mais avec l’appui de leur Etat, sous prétexte que leur Etat finance les projets». L’arrivée du nouveau régime n’a pas amélioré les choses, tout au contraire.


«Nous avons pensé qu’il fallait changer de paradigme, essayer d’aller vers des Ppp, Partenariats public-privé, où nous aussi, nous sommes en mesure d’apporter les ressources que les étrangers apportent, mais là aussi, nous nous heurtons au même désintérêt de l’Etat à nos propositions.» Et le pire, affirme le patron de Talix Group, c’est que «l’Etat est venu remettre en cause même cet état de survie dans lequel nous étions. On a tous vécu les arrêts, du jour au lendemain, de tous les programmes qui étaient en cours».

Le préjudice pour des entreprises
Aujourd’hui, selon le communiqué du Conseil des ministres, l’Etat veut redémarrer le paiement de la dette. Mais cela va-t-il arranger les choses ? Bara Tall est convaincu que non. «Je ne parlerai pas de manque à gagner, je parle de préjudice. L’Etat se vante d’avoir récupéré, sur des programmes qu’ils ont arrêtés, dont l’un, par exemple, 20 milliards. Combien les entreprises que l’Etat a arrêtées ont perdu depuis lors ? Je dirais des centaines de milliards en termes de résultats financiers, en termes de personnel formé et en termes surtout de crédibilité.»


D'après le quotidien, Bara Tall souligne une fois de plus : «On a parlé de l’impact de la dégradation de la note souveraine du Sénégal. Mais, quid de l’impact de la dégradation de la note des entreprises sénégalaises ? Au 30 juin, qui est une échéance cruciale pour les investissements financiers, la plupart de nos entreprises vont être mises en défaut. On va provisionner l’argent que nous devons à des banques, et qui n’est pas notre propre argent, c’est de l’argent de nos fournisseurs, de nos banques, que nous avons mis dans les projets que l’Etat a bloqués. Et au jour d’aujourd’hui, les chantiers de toutes ces entreprises sont bloqués.» Une manière de dire que même si l’Etat se décidait à éponger toute sa créance aux entreprises du jour au lendemain, il faudrait du temps à ces dernières pour reprendre du poil de la bête.

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